Les crooners du Rat Pack 

Ci dessous vous trouverez le contenu de notre intervention, les titres des chansons interprétées, les vidéos diffusées, et le plan de chaque sujet abordé pendant le spectacle.

1 - Le premier Rat Pack

Interprétation de la chanson : I've got you under my skin

Tout a débuté en 1947. Ce jour-là, s’ouvraient au congrès les travaux de la commissions des activités anti-américaines. Pour simplifier : la chasse aux sorcières qu’était l’idéologie anti-communiste. Le milieu du show-business et d’Hollywood était surveillé, de nombreux acteurs furent appelés à témoigner. Robert Taylor, Gary Cooper ou Walt Disney avaient la délation facile.

 

Un comité de défense se créa qui rassembla rapidement une pléiade d’acteurs réputés : Henry Fonda, Burt Lancaster, Gregory Peck, Judy Garland. Le comité organisa une soirée où 7000 personnes furent invitées. En tête de liste se trouvaient Humphrey Bogart et Lauren Bacall. 

 

Le 27 Octobre 1947, tous allèrent au congrès protester contre la commission des activités anti-Américaines, Bogart en tête. Bacall et lui recevaient tout le gratin artistique de Hollywood dans leur somptueuese demeure de Los Angeles. Parmi eux, Frank Sinatra. Ce dernier traversait des moments difficiles, et se rendait tous les soirs chez son couple d’amis.

 

C’est à cette époque et au fil des noubas successives que Bogey avait appelé cette bande de joyeux fêtards :

 

"Une bande rats, voilà ce que nous sommes ! Le Rat Pack, c’est fait pour parler de tout et de rien, pour déblatérer sur les uns et les autres et s’envoyer quelques verres entre amis, et surtout sans la presse. On est une société secrète !"  ...

 - Franck Sinatra

Visionnage vidéo :  Hobboken Four le premier groupe de F. Sinatra

(...)

“ Je voudrais qu’on se souvienne de moi comme de quelqu’un qui a innové la chanson populaire. Je voudrais qu’on se souvienne de moi comme d’un homme qui a bien profité de la vie, qui a eu de bons amis et une vraie famille, et ma foi, je ne vois pas ce que je pourrais demander de plus. ”

(…)

 A 17 ans il chante dans les bars du coin, sans grand succès. Devant ce fils qui    patine, Dolly s’en va trouver les "Three flashes", groupe de chanteurs qui fréquente le bar, et leur ordonne de prendre Frank. Le groupe devient The Hoboken Four.

(...)

"Solitude affichée, vulnérabilité maitrisée , il est accroché à son micro, cette petite chose ovale, magique et métallique dont il a fait son allié, il n’a pas de coffre, il est si maigre. Il a appris à crooner, un nouveau mot, c’est entre susurrer et chantonner, c’est donner à chacun l’impression qu’on s’adresse à lui, qu’il est unique dans la foule".

 

 A 21 ans, Frank est repéré par le chef d’orchestre Harry James. Il gagne en assurance, signe ses premiers autographes. 

Visionnage vidéo : le chef d'orchestre Harry James

Visionnage vidéo : SWOON 'EM

(...) Après 6 mois avec Harry James, Frank est repéré par le tromboniste Tommy Dorsey.  Son nouvel employeur le prend sous son aile. En Juillet 40 , le titre "I’ll never smile again" écrase tout sur les ondes. Tous les italiens américains, même les gangsters, aiment le kid de Hoboken qui poursuit son irrésistible ascension. Il dépasse son idole Bing Crosby dans les classements. (...)

Interprétation de la chanson : Some enchanted evening

(...) Les ballades de Frank ne plaisent pas au batteur Buddy Rich qui ne peut plus s’exprimer, et les 2 hommes montent en tension. Un jour Rich se fait agresser dans la rue par 2 gros bras d’Hoboken. Frank reconnaitra plus tard les avoir envoyés. La règle est simple à présent : Sinatra ... on est avec lui ou contre lui ! 

 

En 1941 à Detroit  il découvre un jeune artiste noir qui fait la première partie du Dorsey band, il sont impressionnés l’un par  l’autre. Frank vient de croiser la route de :

 - Sammy Davis Junior

Dans le show-business, SDJr était un cas à part. Il était le type même du gars qu'on ne pouvait trouver antipathique.  Un gars dont la bonne humeur communicative et l'humour ravageur pouvaient laisser croire que la vie lui avait été plutôt facile. Impression trompeuse ...

La vie, la vraie vie, Sammy connaissait. Avec son âpreté, ses rebuffades et ses humiliations.

Son père, SDSr, était danseur dans la troupe de music-hall "Holiday in Dixieland" dirigée par Will Mastin, que le petit Sammy considérait comme son oncle.

L'existence était dure. Les deux hommes trouvaient cependant une distraction dans les facéties de Sammy qui était en permanence dans leurs jambes

Visionnage vidéo : Numéro de claquettes de S.D. Junior

Interprétation de la chanson : Smile darn you smile

Visionnage vidéo : La rupture avec le chef d'orchestre Tomy Dorsey

 - Peter Lawford

Peter Lawford se décrivait ainsi : "Un gars venu d’Angleterre, décoratif, qui faisait bien dans un salon, debout à côté du piano". Sa mère, une femme délicieuse, autoritaire, castratrice et arriviste,(…)

- Dean Martin

Né le 7 juin 1917, Dino Paul Crocetti enchaîne les petits boulots : fondeur dans une usine, fournisseur de whisky de contrebande, joueur de poker. Il découvre très vite le racket et se met à parier sur tout ce qui bouge. Il fait boxeur pendant plusieurs années. Il dispute une douzaine de combats et s’amusera à dire : "Je les ai tous gagnés sauf 11". Sa devise était : "me ne frego" (j’en ai rien à cirer).

En mars 1946, au Habana Madrid, Dino et Jerry Lewis avaient été engagés séparément. Un soir ils se prirent à improviser un numéro en fin de spectacle, qui déclencha l’hilarité du public. Ils décidèrent de travailler ensemble et commencèrent à tourner. Ils furent repérés par la presse ainsi que par Sinatra, qui dira : "Je n’ai jamais vu l’équivalent de ce que font ces 2 gars. Ils deviendront des stars"

   

Dans leur spectacle rien n’était écrit, tout était improvisé. Dean admettait volontiers que Jerry fût le concepteur du show, lui n’étant que le faire valoir. Dean et Jerry cassèrent la baraque au Copacabana, où ils furent engagés pour 5000$ la semaine.

Ils mettaient un bazar monstre, renversant les plateaux des serveurs, cassant la vaisselle en porcelaine. Même les mafiosi applaudissaient, bluffés par un tel culot. Un soir ils interpelèrent un type dans la salle, ne sachant pas que c’était Fischetti :

"Ecoute petit, tu as un sacré culot, mais ne recommence jamais ça". (...)

Interprétation de la chanson : everybody love somebody

En 1948 Sinatra entame sa descente aux enfers. Ava Gardner fait une entrée fracassante dans sa vie. Il est déjà marié, et père de 3 enfants. La liaison fait scandale et on ne lui pardonne pas cette frasque amoureuse. La MGM rompt son contrat et lui ordonne de revenir auprès de sa femme Nancy. Loin de se soumettre, il divorce.

"N'achetez plus ses disques!"... réclame le clergé. Le FBI enquête sur ses activités politiques : il se bat contre l'antisémitisme, et défend les noirs. On le soupçonne d'être de gauche,  il devient une cible pour les anti-communistes. Pire encore : un journaliste fournit au FBI une photo de Frank à l'aéroport de La Havane, avec un gangster de Chicago. Sinatra plonge, il a même une hémorragie des cordes vocales. Il épouse Ava, mais vit un enfer dans son ombre, il n'a plus d'argent, a dévissé dans tous les classements. En 1952, sa carrière semble terminée pour de bon. Sa voix change, plus âpre...

52 c’est aussi l’année de sa rencontre avec un jeune humoriste  (…)

2 - La naissance du 2° Rat Pack

L’année 1960 débuta en fanfare dans le monde entier. L’heure était au dégel entre l'URSS et les Etats-Unis, et les responsables politiques envisageaient un sommet international.

La frénésie se propagea jusqu’à Las Vegas. Afin de prêcher le bon exemple, Sinatra annonça le plus sérieusement du monde, une "conférence au sommet du cool", destinée à faire date et à frapper les esprits. Le sommet du Rat Pack se déroula au Sands de Las Vegas, en janvier - février 1960. Toute la bande y était :  les vieux briscards du 1° Rat Pack, mais aussi Tony Curtis ou Orson Welles, Liz Taylor, Janet Leigh, Angie Dickinson, Shirley McLaine, tous réunis autour du clan : Bishop, Lawford, et le trio de tête, Dean, Sammy, et Frank.

Janet Leigh et Tony Curtis nous livrent quelques-uns de leurs souvenirs :

Interprétation de la chanson : I get a kick of you

- OCEAN'S ELEVEN le film

Sinatra et Dean avaient déjà tourné ensemble sous la direction de Vincente Minnelli. Et ils ne demandaient qu’à recommencer. L’occasion se présenta quand Peter Lawford parla à Sinatra du scénario dont il avait acheté les droits.

L'histoire racontait l’aventure de dix copains, réunis par un onzième pour le coup du siècle : le cambriolage simultané de six casinos de Las Vegas. Le producteur Jack Warner rigola quand Sinatra lui présenta le script :

"Ne faisons pas le film. Faisons plutôt le casse !"

... Ainsi naquit Ocean’s Eleven. Après la journée de tournage, les gars retournaient au Sands à Las Vegas pour le show où ils se produisaient individuellement ... ou collectivement, selon l’humeur.

- le Rat Pack et la politique

Fin 1959, Sinatra était devenu incontournable dans le show business. Il avait tout l’argent et toutes les fem­mes qu’il pouvait désirer, mais il lui en fallait plus. Même s'il ne fut jamais attiré par une carrière politique à proprement parler, il voulait être un homme d’influence, et il voulait surtout être reconnu publiquement comme tel.

Sinatra avait été, depuis longtemps, de tous les combats antiracistes. D'ailleurs, Le Rat Pack était l’illustration même de la mixité culturelle : deux italos, un Noir, un juif bon teint et un Anglais naturalisé, on pouvait difficilement faire mieux. Sinatra et les autres furent très impliqués dans l'abolition de la ségrégation à Las Vegas. Une fois les apparitions du Rat Pack devenues populaires et attractives pour les médias, Las Vegas fut obligée d'abandonner sa politique de ségrégation.

- John Fitzgerald Kennedy

Visionnage vidéo : La convention

Jack Kennedy fascinait Sinatra, parce qu’il incarnait le pouvoir, le vrai. De son côté Jack se disait impressionné par la notoriété internationale de Sinatra. Jack passa de nombreux séjours chez Sinatra, qui baptisa la chambre qu’il lui avait cédée la "Kennedy Room". Il y fit même apposer une plaque en bronze avec l’inscription : "Ici a dormi John F. Kennedy les 6 et 7 novembre 1960". En fait il s'agissait de novembre 1959, mais à cette époque Kennedy n’était que sénateur ; alors qu’en novembre 1960 c'était un président élu …

Sinatra ne s'arrête pas là, bien entendu. Il enregistre High Hopes avec de nouvelles paroles, pour en faire l'hymne de la campagne de Kennedy. Et c'est lui qui incite tout le gratin du show biz à soutenir la campagne, lors de la convention nationale démocrate.

 

Interprétation de la chanson : I get something's gotta give

- Franck Sinata et la mafia

Dans la vie de Sinatra, la mafia joue un rôle déterminant. On peut même dire qu'elle fut le moteur de sa carrière et de sa vie privée sous beaucoup d'aspects.

 

A Hoboken, ville où sévit la mafia, Marti, le père de Frank, est recruté pour conduire des camions durant la prohibition.  Le bar qu'il ouvrira avec son épouse, Dolly, est approvisionné par les caïds.

- Le Rat Pack et les femmes

Qui étaient ces cinq gars qui comme chaque soir sur les coups de minuit donneraient au Sands sur la scène du Copa Room un spectacle fait de sketches, de danses, de farces et d'improvisation ?

 

Les plaisanteries douteuses faisaient s'esclaffer les hommes et baisser les yeux des dames. Ils avaient inventé un langage codé sur le sexe et les femmes. Les femmes étaient des "broads", des nanas prêtes à servir, leur sexe était désigné par "the bird", les "charlies" étaient des paires de seins plutôt agréables.

 

Chaque soir ils brandissaient des pancartes qui ne manquaient pas de soulever l'hilarité générale. "We want free broads" (on veut des nanas). Les femmes étaient l'obsession revendiquée, une chasse toujours ouverte

- Las Vegas

(…) Las Vegas était l'un des quartiers généraux de cosa nostra ; c'était également le luxueux terrain de jeux de Sinatra et sa bande de rats.

Petite bourgade anonyme, Las Vegas avait un jour émergé du néant, d'une plaine fertile perdue au milieu d'un des déserts les plus arides du continent. La Mafia avait fait la fortune de Las Vegas dès la fin des années 1940, et la ville fut alors qualifiée de "Sin City" - la ville du péché.

- Les rois de Las Vegas. Epilogue

Interprétation de la chanson : Me and my shadow